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LITTÉRATURE AFRICAINE: RÉSUME DU ROMAN LES SOLEILS DES INDÉPENDANCES

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Véritable chef-d’œuvre littéraire, le roman « Les Soleils des indépendances » d’Ahmadou Kourouma a été écrit en 1968 en réaction aux régimes politiques africains issus de la décolonisation. Témoin authentique de ces années de profondes transformations tant que politiques que socio-économiques, l’auteur nous propose à travers son œuvre de voyager et de remonter dans le temps afin de découvrir une Afrique vilipendée et livrée à elle-même.
A cet effet, le titre de ce roman n’en n’est pas moins une allégorie de cette période de renouveau durant laquelle tout un continent fut confronté à son propre destin.
L’histoire complète se déroule dans un pays utopique, la République de la Côte des Ebènes, pays particulièrement tourmenté et en proie à de grands changements. Outre la disparition de l’hégémonie des puissances coloniales, la vague des déclarations d’indépendance apparut aux yeux de tous comme un salut, une rédemption. L’idée bien que chimérique d’une vie meilleure, d’une société libre et disposée à s’engager dans la voie du développement hantait tous les esprits. Malheureusement, la décolonisation n’engendra que peines, tristesses, pauvreté et désespoir.
Fama, Prince malinké, dernier descendant et Chef traditionnel des Doumbouya du Horodougou n’a pas, même du fait de son statut, été épargné. Habitué à l’opulence, les indépendances ne lui ont légué pour seul héritage qu’indigence et malheurs, qu’une carte nationale d’identité et celle du parti unique. Parti vivre avec sa femme Salimata loin du pays de ses aïeux, Fama, en quête d’obole, se verra contraint d’arpenter les différentes funérailles en ville afin d’assurer son quotidien. Son épouse légitime Salimata lui sera d’une aide précieuse. Bien qu’incapable de lui donner une progéniture à même de perpétuer le règne des Doumbouya, celle-ci s’adonnera corps et âme au petit commerce afin de faire vivre son ménage. Excisée puis violée dans sa jeunesse par le marabout féticheur Tiécoura, elle gardera à jamais le souvenir atroce de ces moments où impuissante, elle fut maltraitée, humiliée puis bafouée.
Le temps passa et les jours ne se ressemblaient pas. Le moment était venu pour Fama de prendre son destin et celui de tout un peuple en main. Les funérailles de son cousin Lacina auquel il succéda à Togobala, capitale de la République de Nikinaï, furent l’occasion pour lui de redécouvrir les terres de ses ancêtres qu’il avait quitté depuis déjà fort bien longtemps et qu’il ne connaissait pour ainsi dire quasiment plus. En outre, ce retour aux sources lui permit de connaître l’histoire, son histoire, et celle de la gloire de la lignée des Doumbouya ; une dynastie autrefois riche, prospère, irréprochable et respectée. Malheureusement, les indépendances changèrent la donne. Les bouleversements et désenchantements qu’elles insufflèrent mirent un terme définitif au système politique et de chefferie d’antan, à l’âge d’or des Doumbouya mais également à tous les privilèges dont jouissait de ce fait tout un peuple.
Fort de ce constat et conscient que sa place était désormais parmi les siens, Sama décida de rentrer en République des Ebènes afin d’annoncer à Salimata ainsi qu’à ses proches amis, son désir de vivre définitivement à Togobala en compagnie de sa seconde épouse Mariam, qui n’est que l’un des précieux legs de son feu cousin. Conscient des dangers que représentait ce voyage et surtout soucieux de l’avenir de la dynastie des Doumbouya, Balla, vieil affranchi et féticheur de la famille Doumbouya le lui déconseilla. Malgré les conseils de ce vieux sorcier, Sama se mit en route.
En fin de compte ce voyage lui sera fatal. La stabilité du pays était depuis peu menacée, l’idée d’un soulèvement populaire hantait tous les esprits jusqu’au jour où sans explication aucune, Fama fut arrêté puis enfermé avant d’être jugé. Accusé injustement de participation à un complot visant à assassiner le Président de la République des Ebènes et à renverser le régime politique en place, il fut condamné à vingt ans d’emprisonnement.
Finalement, c’est après une prompte et inattendue libération et dans la dignité le plus totale d’un homme enfin libre que s’éteignit avec Sama, toute une dynastie et son histoire.
Illustre figure de la littérature africaine, Ahmadou Kourouma nous dépeint un tableau on ne peut plus noir d’une Afrique dans laquelle se mêlent à sa magie et à ses fétiches, un ensemble de maux et de symboles. Un continent ravagé par de nombreuses violences que génèrent les abus de pouvoir et d’autorité de ses dirigeants. Dès lors, son œuvre se présente comme une critique virulente des régimes politiques post-indépendance. En effet, longtemps gouvernés par des partis uniques censés favoriser la construction, l’édification de l’unité nationale et le développement, et que l’auteur qualifie de « sociétés de sorcières où les grandes initiées dévorent les enfants des autres », les pays africains n’ont fait que creuser le fossé séparant jadis les riches des pauvres.
De plus, le présent roman dénonce avec ironie et amusement non seulement le manque d’ouverture politique mais également l’absence totale de liberté humaine ; une absence qui réduit l’homme à une pauvreté aussi bien économique que morale ou intellectuelle. La démocratie n’y est qu’un leurre, qu’un idéal inaccessible.
Finalement, plus qu’une satire politique, ladite oeuvre demeure tout de même une satire de la condition de la femme en Afrique. Les souffrances physiques qui leur sont propres ou infligées de gré ou de force comme l’excision, le viol, la stérilité, restent de nos jours des problèmes auxquels nous devons faire face et apporter des solutions.
Dans des pays « soi-disant » démocratiques, où donc est le respect de l’homme, de l’humanité et de ses droits ?

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